Cadaujac est une commune de 4500 habitants située près de Bordeaux. Elle fait partie d'une communauté de communes, la Communauté de Communes de Montesquieu qui regroupe elle-même 13 communes, pour un total de 35'000 habitants.
A l'occasion des élections municipales 2008 et dans le cadre de l'initiative Candidats.fr, j'ai approché les 2 candidats à la mairie, afin de discuter Logiciel Libre, interopérabilité et responsabilité des élus. Inutile de vous dire que ce sujet est loin de faire partie des préoccupations premières d'un futur maire d'une commune de 4500 habitants. Lorsqu'on souhaite engager un véritable dialogue et sensibiliser les élus locaux, la première difficulté est donc de leur faire prendre conscience des enjeux, des avantages et - ne cachons rien - des inconvénients liés aux logiciels libres.
Aborder
Il faut tout d'abord dialoguer. L'avantage des petites communes, c'est que leurs acteurs sont généralement abordables. Ca n'est pas toujours le cas pour les autres collectivités : J'ai aussi eu précédemment la possibilité d'aborder des candidats aux législatives: Je me suis fait envoyer paître, pour le dire poliment. On sent alors clairement le carriérisme et la morgue de certains politiques.
Les élus locaux dans de petites localités sont moins politisés et généralement plus proches des préoccupations quotidiennes de leurs administrés. Cette proximité est à la fois un avantage et un inconvénient:
- Un avantage parce que comme je l'indiquais précédemment, il est très simple de les approcher
- Un inconvénient dans notre cas, parce que les enjeux du logiciel libre leur semblent extrêmement éloignés de leurs problèmes de proximité, liés aux infrastructures de la commune ou autres problèmes sociaux.
C'est donc sur ce dernier point que le discours doit porter: Qu'est ce que le logiciel libre? En quoi le logiciel libre peut il aider les personnels municipaux et les élus? Quels engagements (sujet hautement sensible pour ces élus) doivent ils prendre? Quels en sont les avantages, les inconvénients? Combien cela va-t-il coûter à la commune? Pour faire quoi (évidemment cela dépend de la stratégie)?...
Présenter et faire comprendre
Il faut donc en tout premier lieu présenter et faire comprendre. La compréhension d'un élu doit induire une prise de conscience. Dans mon cas, je ne peux pas porter ce projet seul. La démarche doit être légitime dès le départ, et un simple citoyen ne peut représenter à lui seul cette légitimité. Il est alors intéressant de s'appuyer sur des ressources disponibles, telles que des associations locales, des ressources administratives publiques ou de la documentation disponible, sous réserve que cette documentation soit publiée sous une licence qui en permette librement l'utilisation, voire l'adaptation.
J'ai pour ma part, simplement envoyé un mail sur la liste de diffusion publique de l'April, en expliquant la démarche que je souhaitais engager. La réponse n'a pas attendu: Relayée par des lecteurs de cette liste, ma demande est parvenue à l'Abul, qui dispose de ressources prêtes à l'emploi et qui s'est proposée d'intervenir dans le cadre d'une conférence-débat, orientée services publics.
J'ai également fouillé Internet. Outre le RGI (même s'il n'est pas validé, il reste un source d'informations importante), j'ai également trouvé un document très intéressant, publié par le Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique: Destiné aux élus et acteurs du domaine public, Le guide pratique d'usage des logiciels libres dans les administrations présente de manière simple et très accessible des réponses à des questions de base telles que:
- Qu'est-ce qu'un logiciel libre?
- Comment vérifier si la licence d'un logiciel est libre ?
- Comment passer un marché public préservant une mutualisation sous licence de logiciel libre ?
- Quelle responsabilité pour l'administration qui mutualise ?...
En tout, 23 questions essentielles trouvent une réponse, et démontrent que les logiciels libres et les licences adoptées par ces logiciels sont parfaitement compatibles avec les règles administratives. J'en parlerai plus longuement ultérieurement.
Ce guide est publié sous une licence Creative Commons en permettant l'utilisation - y compris en public, l'adaptation et la modification.
Prendre contact et maîtriser
La prochaine étape du projet consiste donc à organiser la conférence. Rendez vous est pris avec le Maire. A suivre...
Point de vigilance: L'organisation d'un tel projet nécessite du temps: Le mien, celui des intervenants tels que l'Abul (merci à eux), celui des élus et des acteurs publics intéressés - je pense par exemple aux acteurs de la communauté de communes, des autres communes de cette communauté, du collège ou du personnel municipal. Le risque est de se retrouver noyé dans un ou plusieurs projets ou avant-projets gargantuesques, qui au final n'avanceront pas. Susciter l'intérêt doit donc s'accompagner impérativement d'une maîtrise de sa propre capacité à faire, le temps qu'on souhaite y consacrer, ses propres compétences, et donc comme dans tous projets, à savoir s'entourer des bons acteurs. J'en parlerai également plus tard, mon expérience professionnelle de chef de projets m'amenant à prendre quelques précautions.




