En écrivant le mot communauté, il me vient une impression sectaire, quelque chose de fermé. La communauté de l'Anneau n'était ouverte à personne d'autre qu'à ses membres originaux. Ce n'est évidemment ni son sens profond, ni son objectif, ni ne reflète son comportement communautaire ou celui individuel de chacun de ses membres (D'ailleurs, comment devient-on membre d'une communauté ?). Ca n'est évidemment pas ce que je peux penser des communautés dont je suis membre : Je suis membre d'une communauté de communes, de la communauté du logiciel libre, peut-être d'une communauté de pensée, ceux qui pensent que la liberté n'a pas de prix et que rien ne peut l'entraver, hormis le respect qui est dû à chacun (réflexion personnelle, mais c'est quand même mon blog, merde ;) ).

Mon précédent billet sur la communauté du Logiciel Libre (avec un graaaaaaaaand L) ne reflète pas totalement le comportement communautaire. Entre autres choses, on n'y voit pas d'avis divergents, qui sont heureusement présents. Les commentaires de quelques lecteurs (Merci à eux) ne sont pas complaisants, mais montrent une certaine complicité avec ce que j'ai exprimé. C'est très satisfaisant pour mon ego, mais insuffisant pour comprendre ce qui fait ou ne fait pas une communauté telle que celle-ci.

Qu'est ce qui nous différencie d'un réseau ?

Un réseau est un ensemble d'éléments reliés les uns aux autres. Appliquée à des personnes, cette définition met en contact des hommes et des femmes avec d'autres hommes ou femmes. Pour prendre un exemple, les réseaux sociaux permettent de mettre en contact des humains. Lorsqu'ils sont informatisés (très à la mode), le contact est dématérialisé et perd donc son caractère humain. Le réseau social informatisé devient un réseau informatique évidemment réducteur (Remarquez que la notion de social a été perdue). Même si le maillage peut être très fort et étendu, les interactions entre les contacts sont faibles et peu qualitatives. Combien de rencontres physiques via Facebook ou MySpace ? Je suis également sûr que certains, à la lecture des termes réseaux sociaux, ont immédiatement pensé à ces 2 outils, sans penser d'abord au sens commun de cette locution.

Et une communauté ?

Une communauté partage des valeurs et des objectifs. La notion de communauté induit des liens forts entres ses membres, ce qui n'est pas le cas dans les relations en réseau, dans lesquelles les liens peuvent être brisés simplement. Cette rupture peut induire une destruction complète du réseau, ce qui n'est pas le cas d'une communauté : La disparition d'un membre ne disloque pas le groupe. Les objectifs et les valeurs restent, parce qu'ils n'appartiennent pas au membre disparu. Dans le cas d'un réseau, chaque membre peut avoir un objectif propre. C'est le cas dans les réseaux informatiques, où tel composant permet par exemple de convertir des adresses IP en DNS. Le réseau compense alors ce risque en répliquant ses objectifs sur plusieurs ressources. La disparition d'une ressource est alors compensée par la présence de cette même ressource "ailleurs". Il y a quand même une perte, qui peut par exemple être une perte de performance. Dans une communauté, la perte d'un membre n'induit pas de perte. Les objectifs sont partagés et n'appartiennent pas spécifiquement à un des membres (Sinon, ça s'appelle une secte).

Risques de disparition ?

Le risque existe cependant de voir une communauté disparaître. Elle doit atteindre une taille critique suffisante pour son environnement, afin d'être capable d'absorber les pertes de ressources ou de membres, mais également être capable de vivre dans son environnement. Les grands projets de logiciels libres tels qu'OpenOffice.org ou Firefox ont besoin de se battre au quotidien contre des monstres de puissance contre lesquels ils n'ont a priori pas les moyens de lutter. Pour autant, ils rencontrent du succès en termes de contribution, d'utilisation, de reconnaissance ou de connaissance spontanée (Marketing viral ?). Leur taille critique est suffisante pour leur permettre d'absorber les chocs (on n'est pas dans le monde des Bisounours).

Pour étendre la réflexion, je crois que la communauté du logiciel libre pourrait difficilement disparaître. Le nombre de ses membres doit être effroyable (plus que les Bisounours en tout cas), répartis géographiquement sur la surface de la Terre entière, de genre et d'âges très variés (Je fais parti des 7.99%). Elle ne craint donc ni les législations, ni les attaques économiques (il n'y a pas d'argent dans la plupart des projets libres, donc pas de parts de marchés à gagner, quoiqu'on veuille bien nous le faire croire). Elle est capable de répliquer ses ressources qui seraient attaquées frontalement par des acteurs économiques ou sociaux. Elle n'est pas sectaire et n'a donc pas de gourous auto-proclamés, même si certains personnages du Libre bénéficient d'une meilleure visibilité que la plupart d'entre nous. Elle est rapide (en). Ses ressources sont extrêmement diffusées et réparties.

Surtout, par dessus tout, elle a bien des objectifs et des valeurs communs, qui la mettent à l'abri de n'importe quelle forme d'agression.

Les avis divergents, manifestez vous...